La place Nationale à Montauban

La place Nationale est la place centrale de Montauban, depuis quelques jours des travaux de fouilles y ont commencés avant d’entreprendre des travaux de rénovation. J’avais, il y a quelques temps, écrit un article sur cette place dans le groupe Facebook « les amis du vieux Montauban » Je vous partage ici.

Un jour, j’ai remarqué qu’au milieu du haut d’une arche du côté nord des couverts de la place Nationale (Rue Fraiche-Rue d’Auriol), il y avait une clé d’arc portant cette inscription « Jean Combes P.P – 1721« , une autre clé d’arc se trouve sur le côté nord de la place (première arche lorsqu’on accède à la place par les rue Fraiche-Auriol) elle porte comme inscription « Bernard COUSTEC 1656« .


Curieuse, je me suis demandé qui pouvait bien être ce Jean Combes. Me doutant qu’il pouvait avoir un lien avec l’histoire de la ville ou celle de la place Nationale. J’ai donc fait des recherches dans mes archives personnelles et sur internet pour avoir un début de réponse.

Il semble que Jean Combes est participé à une des restaurations de l’immeuble ANCELME (actuellement le marché couvert est au rez-de-chaussée de cet immeuble (porté au numéro 247 sur le cadastre Napoléonien), « victime« , nous le verrons, d’un violent incendie en 1649.

L’immeuble ouvre sur la place Nationale par deux travées de largeur inégale, chacune flanquée de pilastres monumentaux à ressauts saillants qui délimitent les niveaux de la façade. Il dispose deux corps de bâtiment, le premier donne sur la place, le second ouvre sur la rue d’Auriol. Deux escaliers droits permettent l’accès aux étages. L’escalier qui communique avec la place par une porte piétonne dessert le bâtiment ouvrant sur la place. Un escalier identique distribue le bâtiment sur la rue d’Auriol depuis la rue. L’immeuble conserve peu de vestiges anciens hormis la façade sur la place en raison de sa reconstruction contemporaine. Les baies rectangulaires du premier étage conservent un garde-corps en fer forgé de facture assez sobre. Une autre clé d’Arc porte la date de 1656 avec le nom de Bernard COUSTEC.

Je trouvais intéressant de regarder un peu plus l’histoire de ce lieu connu et reconnu de tous, que le magasine « Détour en France » a classé 4ème plus belle place de France en 2015.

« Notre » place, a eu plusieurs noms : Place Royale, Place Impériale, Place Nationale au gré du temps et des régimes qui passent sous « l’œil » du cadran solaire qu’elle abrite et dont la devise prend tout son sens « Una Tibi » (il y en aura une pour toi). Je vous propose ici, un tour de l’histoire de la place dans sa globalité.


La place a été conçue dès la fondation de la ville en 1144. Située en plein milieu de la ville, elle a dû influencer la direction et constructions des rues et maisons environnantes. Elle possède deux galeries sur chacun de ses côtés donc huit au total.
Comme chaque place, elle avait plusieurs rôles, lieu de vie et d’expression de la vie quotidienne où la justice était rendue, elle abritait la maison consulaire (maison commune) élevée dans l’angle Nord-Ouest.

Chaque côté (couvert) avait une utilisation spécifique. En face, un haut perron était dressé devant le couvert est. C’est ici que les décisions officielles étaient communiquées, au pied d’une colonne de marbre dénommée « Iranget » (petite orange en occitan), en raison de la boule surmontant son chapiteau.

La croix de bois visible à l’ouest rappelle la présence ancienne du pilori, pilier auquel les fabricants malhonnêtes, « voleurs de grands chemins » étaient attachés. Les exécutions capitales se déroulaient également ici, attirant de nombreux curieux, entassés jusqu’aux toits, parfois loués pour l’occasion !

La maison consulaire se trouvant sur la place est démolie en 1702. La place prend officiellement le nom de Place Royale l’année suivante.

  • Le côté Nord (côté du cadran solaire) était le couvert du Poids ou du blé.
  • Le côté Sud était le côté di Pain ou des Drapiers avec sur un des piliers (à l’angle de la rue Princesse) où un mètre étalon est encore visible.
  • Le côté Est était le côté des fruits ou des merceries.
  • Le côté Ouest était le côté des Sabots. On peut observer sur sa façade une croix en bois qui remplace le pilori public supprimé en 1792 (cette croix se situe au niveau de l’actuel restaurant chez olympe).

Dans la nuit du 12 novembre 1614 le côté Sud et une partie du côté Est ont été ravagé par un incendie qui s’était déclaré dans la boutique de l’épicier Mariet VIGUERY. Les flammes se développent alors à une allure folle (rappelons ici que la place était alors construite en bois). L’incendie est stoppé, mais une quarantaine d’habitations sont ruinées, sous les couverts sud et ouest, mais aussi dans les rues avoisinantes.

Plusieurs arrêtés sont alors pris pour imposés de nouvelles règles de constructions dont celle d’une reconstruction en brique, c’est à l’architecte toulousain Pierre Lesville de définir un programme architectural que les propriétaires des maisons sont obligés de respecter. L’alignement des façades, l’emploi systématique de la brique, le voûtement des couverts sur croisées d’ogives et l’élévation de pilastres monumentaux traduisent la volonté d’unifier l’architecture, de faciliter la circulation de l’air et de la lumière sous les couverts et de rendre les maisons moins vulnérables au feu.

Détruite lors de l’incendie, la maison commune est reconstruite à l’identique. La reconstruction de la partie sud en maisons de briques est achevée en 1621.

Quelques années plus tard, le 15 juin 1649, un incendie se déclare chez la demoiselle DUBEDAT, au coin du couvert nord et de la rue Fraîche, la maison part à son tour en fumée emportant dans son sillage une partie des couverts nord-est épargnés par le premier incendie. Une vingtaine de maisons sont détruites.

Le réaménagement intérieur de ladite maison Ancelme permet alors de mettre au jour une pierre tombale en remploi. Découverte en 1956, cette dernière est celle du fondateur du couvent des cordeliers, prouvant que la reconstruction de la place au 17e siècle s’est en partie faite avec les matériaux récupérés sur les ruines des couvents remployés dans les fortifications.

Si la façade du 17e siècle est restaurée entre 1947 et 1952, c’est la création d’un marché couvert pour la viande, les bouchers, tripiers et charcutiers qui modifie le plus largement la destination de l’édifice alors racheté par la municipalité.

Les consuls, soutenus par l’évêque, demandent une aide de la Couronne. Ils obtiennent 40 000 livres. Les consuls décident que cette somme soit consacrée à la « reconstruction et rétablissement des maisons brulées ». Aussitôt, les consuls choisissent de reconduire le programme élaboré par l’Architecte choisit lors de la reconstruction de 1614 (Pierre Lesville) afin d’uniformiser la place. La municipalité charge l’architecte toulousain Claude Pacot d’achever la reconstruction en respectant les façades déjà construites par LEVESVILLE, mais il meurt au bout d’un an.

Malgré l’aide financière octroyée par Louis XIV, les travaux ne débutent véritablement qu’en 1656, sous la direction de Bernard CAMPMARTIN, Ingénieur du Roi pour la province du Languedoc et futur architecte du palais épiscopal (actuel musée Ingres).

A la demande des propriétaires, les consuls acceptent l’ouverture de fenêtres plus grandes et l’édification d’un quatrième niveau de combles percé de mirandes. Convaincus par ces nouvelles dispositions, les propriétaires des couverts sud et ouest les adoptent à leur tour. Seules deux maisons situées dans l’angle sud-ouest conservent leurs trois niveaux d’origine.

En dépit des efforts fournis, de nombreuses maisons médiévales subsistent encore dans les premières années du XVIIIe siècle.

Une troisième et dernière campagne de travaux débute en 1705 sous l’impulsion de l’Intendant Legendre, qui a beaucoup œuvré à l’embellissement de la ville. Après avoir convaincu les consuls de détruire la maison commune qu’ils ont depuis longtemps désertée, il s’attaque aux derniers propriétaires récalcitrants, qui refusent de reconstruire leur maison épargnée par l’incendie de 1649. Usant habilement de la contrainte et de l’incitation financière, il parvient à achever la place en 1713, près d’un siècle après les débuts de sa reconstruction.

Durant la Révolution, la place subit quelques transformations, certaines temporaires, d’autres définitives : suite à la publication du décret proclamant la « patrie en danger » (1792) un bureau d’enrôlement pour l’armée y est établi, tandis que les colonnes de « l’Iranget » et du pilori (symbole de l’Ancien Régime) sont détrites.

Après l’adoption du système métrique, les autorités de la ville font sceller sur un pilier de l’extrémité occidentale du couvert sud un maître- étalon encore visible aujourd’hui.

Pour honorer Napoléon, venu présider en 1808 la création du département de Tarn-et-Garonne, les façades sont entièrement blanchies à la chaux et un cadran solaire est installé côté nord.

Au cours du XIXe siècle, les meneaux et traverses des fenêtres sont supprimés pour laisser place à d’amples ouvertures. Celles-ci sont parfois dotées d’élégants lambrequins et de beaux garde-corps en fonte aux motifs très variés. Ces transformations traduisent une recherche d’air et de lumière qui témoigne des préoccupations hygiénistes du siècle, marqué par de grands travaux de modernisation urbaine. Ajoutées à l’irrégularité de largeur des arcades (héritée du parcellaire médiéval préservé au XVIIe siècle), elles confèrent aux façades une charmante variété, sans pour autant nuire à l’unité ornementale de l’ensemble.


Sources

  • Dictionnaire des noms de rues et chemins de Montauban
  • Dossier Pédagogique de l’enseignant (en ligne) fait par le centre du Patrimoine « Le mystère de la Place Nationale ».
  • Article en ligne sur « Patrimoine en Occitanie »
  • Wikipédia « la Place Nationale »
  • Google Mapp

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Deux jeunes femmes, l'une dans le sud-ouest l'autre dans le sud-est de la France, avec une passion commune : la généalogie ! Le nez dans les archives et les anciens journaux ! Sans oublier la tête plongée dans les livres d'Histoire en tout genre ! Curieuses et Sherlock sur les bords, nous voilà parties depuis quelques années sur l'histoire de nos ancêtres...

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Cet article a été écrit par Alexandra

"Telle est la génération des générations: une génération s'en va, une autre génération vient. Il en est des hommes comme des feuilles d'un arbre, feuilles de l'olivier, du laurier, ou de tout arbre qui conserve toujours son manteau de verdure. Ainsi la terre porte les hommes, comme un de ces arbres porte des feuilles; elle est couverte d'hommes dont les uns meurent, dont les autres naissent pour leur succéder. L'arbre a toujours sa robe éclatante de verdure; mais vois au-dessous combien de feuilles sèches tu foules aux pieds."
Saint-Augustin, Psaume 101

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